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Une analyse du livre Les Patriotes oubliés de la Montérégie de Solange Hamel |
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23 novembre 2003, Jour des Patriotes
Jean-Paul Tessier, ex-enseignant, auteur et propriétaire des Éditions de la Paix, analyse un livre engagé à la lumière de l’Histoire du Québec. Il fait ainsi suite à la lettre de l’ex-ministre Tetley, la brillante réponse de quelques « prisonniers politiques » de 1970, surtout de Gaétan Dostie, et la lettre de Pierre Falardeau dans Le Devoir du 30 octobre 2003. |
« Pourquoi la révolte du peuple en 1837 ? Serait-ce pour les mêmes raisons que la révolte de l’automne 1970 ?... à cause d’un épouvantable déficit démocratique ? » |
Solange Hamel est une digne descendante des patriotes Hamel qui ont combattu, ont été faits prisonniers et sont morts en 1837. La tradition orale de la famille et de la population de Saint-Jean-Baptiste, entre autres, fait de ce livre une œuvre unique.
Les Patriotes oubliés de la Montérégie colligent des informations qui ne se trouvent nulle part ailleurs, dans les gros livres savants, ni dans l’Histoire officielle, ni dans les universités. Ici, épurée des normes traditionnelles, c’est l’Histoire qui se vit au quotidien. Dans le manoir Debartzch où tant des nôtres furent égorgés, dans la prison Au Pied du Courant où une douzaine d’autres furent pendus, dans les caches souterraines où croupirent plusieurs survivants traqués, même pendant nos hivers rigoureux. Nos cimetières parlent toujours ! Et plus encore, les survivants. Ce livre les écoute et témoigne. Nos livres d’histoire ne parlent que de la victoire de Saint-Denis parce qu’elle fut une victoire. La bataille de Saint-Charles fut une défaite, d’accord, mais ce n’est pas une raison pour oublier l’héroïsme des nôtres. Ni leur nom. D’ailleurs, pourquoi nos ancêtres furent-ils vaincus à Saint-Charles ?... Il y a une raison, le chapitre 14 répond. Chapitre qualifié d’excellent et de très bien documenté par l’historien Jacques Lacoursière. C’est le cœur de tout ce témoignage offert. Mais pourquoi les Patriotes furent-ils obligés de prendre les armes malgré l’avis de Louis-Joseph Papineau ? ( page 67 ) Étaient-ils seulement assoiffés de vengeance et de violence ?... Les Patriotes ont pris les armes pour défendre leurs chefs. Mais d’abord, « le parti anglais ne cherche qu’à détruire le visage français du pays en dénationalisant les Canadiens. Il s'agit de les comprimer, de les empêcher de se développer normalement en leur faisant violence dans tous les domaines. Les Canadiens sont si prolifiques que les Anglais décident de leur couper les vivres... » ( Page 20-21 ) Ils ne feront pas autrement en Irlande en provoquant la crise de la pomme de terre et la famine qui en est résulté. « Après la conquête, les Anglais accaparent le commerce... Les armateurs anglais ont tout le pouvoir pour empêcher les Canadiens de prospérer. Ils font main basse sur les industries... il n’y a plus d’espaces disponibles pour les fils [ des Canadiens ]. Par contre, il y en a beaucoup pour les étrangers qui immigrent au Canada. » ( Idem ). À ce sujet, Pierre Falardeau rappelle dans Le Devoir, les « 38 000 acres de terre données à James McGill par le chef des pillards lui-même, le gouverneur Robert Shore Milnes !... des 847 661 acres de terre de la British American Land Company dont un des directeurs est Peter McGill... Comme membre du conseil exécutif et du conseil législatif, Peter McGill est à la fois vendeur et acheteur. » ( Le Devoir, 30 octobre 2003 ). « ... avant les fusions, Brigham était le plus grand territoire du Québec après celui de la Baie James ! » ( Georges Rivard, Le Flambeau, hiver 2004 ). « Farnham est l’un des rares cantons qui aient été proclamés avant 1800. Son premier concessionnaire, M. Samuel Gale... avait reçu ces terres avec ses beaux-frères et ses neveux. » « Louis Bourdon, premier maire de Farnham en 1854, était un patriote et un " Fils de la Liberté ". Il a été directement impliqué dans les rébellions de 1837-1838. » Idem. Voir aussi Noms et Lieux du Québec, Les Publications du Québec, 1994, pp. 87-88 et 213-214, La Voix de l’Est, 29/3/1982, 5/3/1995 et 10/5/1982. « Les Anglais veulent noyer les Canadiens par leur grand nombre... Ils diluent leur importance [ celle des Canadiens ] par une immigration massive et surtout, veulent réunir en une seule province le Haut et le Bas-Canada. L’union des deux Canadas a toujours été un objectif du parti anglais. » ( Pages 20-24 ). Déjà en 1807, dans le Journal de Québec, on lisait : « ... cette province doit devenir anglaise, dût-elle pour cela cesser d’être britannique. Il faut que la paix et la prospérité soient assurées aux Anglais, même aux dépens de la nation canadienne-française. Il faut conserver dans un état d’infériorité ce peuple à demi barbare et d’une ignorance bête. » ( Page 23 ). Ainsi, les bureaucrates anglais exploitaient et volaient le peuple canadien du haut de leur hargne et de leur mépris. Les Patriotes, parti politique de Louis-Joseph Papineau, était sur le point de prendre le pouvoir. Les bureaucrates et autres Orangistes ne pouvaient l’accepter. Ils répandirent les pires calomnies ; tous les mensonges étaient bons pour exaspérer le peuple canadien ( les Québécois d’aujourd’hui ) et ameuter le gouverneur Carleton, surtout le sombre général Colborne. « Un fervent citoyen a traversé La Prairie en route vers Saint-Hyacinthe ou Saint-Jean... où allait-il si près des frontières ? » Encore des inventions. Des rumeurs, des rumeurs. On parle de dépôts d’armes chez les Patriotes. Tel bureaucrate déclare : « Dans cette maison, il y avait cinquante fusils. » Un autre raconte : « J’en ai vu cent à... ». Une nuit, une charrette roule dans la rue et on rapporte qu’elle transporte un canon. « J’ai été réveillé en sursaut. », dit un loyal sujet de Sa Majesté britannique. « Le lendemain, les Patriotes ont fait entrer cinq canons en ville », ajoute ce très loyal sujet de Sa Majesté. « On parle même d'une goélette mystérieuse que personne ne voit, qui vient on ne sait d'où et qui, paraît-il, navigue sur le Saint-Laurent pendant la nuit. Cette goélette apporte un chargement d’armes aux Patriotes, chuchote-t-on. Colborne lui-même collabore avec les bureaucrates. Il raconte que Papineau prépare des troupes destinées à se rendre à Trois-Rivières. » ( Pages 76-77 entre autres ). On retrouve les campagnes de peur et de calomnies lors de chacune des élections du parti Québécois et des deux référendums ! Suffit de penser, pour chacune de ces occasions, aux délicieux et si objectifs rapports annonçant l’apocalypse, grâce à la Banque Royale ( du Canada naturellement ). À Power Corporation de Desmarais. À Laurent Beaudoin de Bombardier qui reçut d’Ottawa une garantie de prêt de millions de dollars tout de suite après le référendum... En 1970, le FLQ compte des milliers de membres, ils ont assez de dynamite pour faire sauter tout le centre-ville de Montréal. Ils vont assassiner tous les membres du gouvernement. Ils torturent Pierre Laporte. C’est la guerre civile au Québec..., dixit Jean Marchand, Marc Lalonde et autres sbires envoyés par Pierre-Elliot Trudeau pour ameuter tout le Canada anglais contre le Québec et justifier son envahissement par l’armée. « Quand deux esclaves se rencontrent, ils parlent contre la liberté. » Pourquoi Carleton comme gouverneur ? Londres n’arrivait pas à trouver un gouverneur pour venir au Canada affronter Louis-Joseph Papineau. Au moins deux candidats avaient refusé le poste ( page 35 ). Pour affronter René-Lévesque à Québec, on a trouvé Pierre-Elliot Trudeau, un millionnaire assoiffé de pouvoir et au mépris délirant. Les bureaucrates, les Anglais et autres Orangistes voulaient que le peuple se révoltât pour le faire écraser par l’armée britannique et empêcher le parti Patriote de prendre le pouvoir. Les McGill, McCord, John Molson fils « commandaient un bataillon de volontaires loyalistes en 1837. » ( Pierre Falardeau, Le Devoir ). Les attaques se multipliaient, les Patriotes se défendaient, la tension montait. Les assoiffés d’argent et de pouvoir du Québec ( Ottawa n’existait pas encore en ce temps-là ) trouvèrent enfin le truc : accuser Louis-Joseph Papineau et les autres chefs de haute trahison. Le peuple s’est réuni autour d’eux pour empêcher les arrestations et les défendre. Ce fut l’insurrection. En 1970, quatre cent cinquante personnes sont arrêtées sans raison et jetées en prison. Il était facile de les accuser de sédition sans le dire, de les torturer psychologiquement puisqu’il y avait impunité. Le peuple n’a pu se réunir pour les défendre et les libérer, car les esclaves à Ottawa avaient envoyé leur armée. Et le FLQ n’avait vraiment pas d’armes. Comme les Patriotes de 1837. Les assemblées populaires réunissaient de plus en plus de monde autour de Papineau et des autres chefs. Les bureaucrates et la Constitutional Association, organisation orangiste présidée par Peter McGill, prirent peur, et le goût du sang revint à Colborne. Ils mirent sur pied des milices armées pour attaquer les Patriotes et les intimider pendant les assemblées populaires, grâce à 8 000 $ pris dans les coffres de l’État. Ils engagèrent aussi et armèrent des fiers-à-bras qu’ils appelèrent le Doric Club, la branche armée de la Constitutional Association, ce qu’on appelle aujourd’hui des paramilitaires d’extrême droite. Ou la GRC des années 1970. En 1918, le peuple de Québec s’est révolté contre l’obligation d’aller se battre en Europe pour la Grande-Bretagne. Il s’est révolté contre les voyous et autres bandits de quartier engagés par l’armée pour débusquer les Québécois qui refusaient de s’écraser devant les Anglais. Ottawa a envoyé l’armée, à travers un écran de brume, tirer sur le peuple avec des balles explosives, sans oublier les fenêtres des maisons. Malgré plusieurs jugements de cours obligeant l’armée à dédommager les familles des victimes, jamais un sou ne fut versé. En 1837, « les grands mots sont lancés : ... des démons. Ils sont fous... C’est une rébellion ouverte... Plus de morale... Le peuple s’agite... Ça n’a plus de sens... Les Canadiens n’ont plus aucun sens du devoir. » ( Page 54 ). « Louis-Joseph Papineau est un traître ! » ( Page 56 ). Plus tard, on dira : Jacques Parizeau et Lucien Bouchard sont des fascistes et des hitlériens. On n’a pas de monument à la gloire de Louis-Joseph Papineau, mais on a un PET Airport. À quand un Colborne Airport ? Dans Les Patriotes oubliés de la Montérégie, on entend un cri du cœur. D’un cœur à la bonne place. « La bonne place » serait-elle au cœur du peuple ? Nous répondons oui ! Et au cœur de l’Histoire... il nous reste seulement à la faire. Gloire à nos ancêtres qui eurent le courage de présenter leur poitrine désarmée aux baïonnettes rouges ! Pour défendre leurs chefs... et NOTRE liberté ! Nous nous souvenons. Et nous vaincrons ! |