ENTRETIEN AVEC JEAN BÉLAND
Bonjour Jean et merci d’avoir bien voulu nous accorder cet entretien, à
l’occasion de la sortie de votre dernier livre publié chez les Éditions de la
Paix, — Le Triangle des bermudas — livre pour
lequel vous avez remporté le Prix d’Excellence pour la catégorie 9 ans en 2004.
Toutes nos félicitations !
Pouvez-nous nous parler un peu de votre livre ?
R. : Merci. Mon livre raconte une histoire assez simple,
vraisemblable, sans être vraie, et dans laquelle, je pense, les 10-12 ans surtout,
se reconnaîtront.
Est-ce que le fait d’être en compétition avec d’autres
auteurs et de participer à un concours littéraire a rendu l’expérience
d’écriture plus intéressante pour vous ?
R. : Non. Très franchement, je ne cherche pas la compétition. Par
contre, le fait de participer à un concours, c’est un peu un aiguillon. On fait
face à un délai, à une date limite, ça augmente la motivation à écrire.
Quelles étaient, selon vous, les qualités recherchées par le comité,
lorsque vous avez soumis votre manuscrit Le Triangle des bermudas.
Quelles qualités diriez-vous que votre livre possède
et qui font qu’il sera apprécié des enfants ?
R. : Je crois que ce livre colle bien à la philosophie des Éditions
de la Paix qui prône le respect et la tolérance et dont la mission comporte une
préoccupation éducative. Je pense, du moins j’espère, que les jeunes
apprécieront le côté « aventure » de mon histoire. Ils vont y
retrouver aussi un milieu familier, l’école, et un contexte éternellement
actuel et intriguant, celui des relations filles-garçons.
Écrire un livre prend du temps, je pense que tout le monde le sait ou
peut-être ai-je une idée préconçue, à vous de corriger mes affirmations. Mais
une question me brûle les lèvres...
Votre manuscrit était-il commencé avant ou est-ce que
l’écriture a commencé au moment de l’annonce du concours ?
R. : Le premier jet de mon manuscrit était écrit depuis plus de
deux ans. Mais, en raison de contraintes de toutes sortes, personnelles et
familiales particulièrement, j’avais un peu délaissé l’écriture. Le concours
m’a amené à retravailler mon texte, à lui apporter de nombreux changements et à
le rendre satisfaisant, du moins à mes yeux.
Vous avez été professeur par le passé. Est-ce que le fait d’avoir baigné
dans un milieu de jeunes aide à créer des personnages bien de son temps ?
En fait, ce que j’aimerais savoir…
Comment vous est venue l’inspiration de cette histoire
très humoristique ?
R. : L’idée m’est venue en 1999, alors que j’ai eu l’occasion de
participer à une croisière d’une journée sur le Saint-Laurent ;
exactement comme les élèves de la classe de Micheline, dans Le Triangle des bermudas. Pour le reste,
l’essentiel de la trame de l’histoire m’a été inspiré par mon expérience de
longues années pendant lesquelles j’ai partagé le quotidien avec des enfants.
Je les ai beaucoup observés et écoutés et, croyez-moi, on s’est beaucoup amusés
aussi… Je conserve de très bons souvenirs de cette période de ma vie, des
souvenirs dont plusieurs me font encore sourire…
Parlez-nous de la dynamique de vos personnages, du développement de
l’intrigue, des relations entre garçons et filles.
Avec Le Triangle des bermudas – Quel
était votre but ? Vouliez-vous tout simplement divertir ?
R. : Je voulais d’abord écrire une histoire amusante, mais aussi
instruire un peu et faire réfléchir, sans douleur, si je peux dire. La
narratrice, Andréanne Jolin-Laplante reviendra à l’essentiel pour son âge,
c’est-à-dire les études. Mais elle ne fermera pas les yeux sur les beaux
garçons. Elle reprendra son équilibre ; voilà un des messages du
livre : garder l’équilibre !
L’autre message important, c’est qu’il faut prendre sa place tout en
respectant les autres et en les acceptant tels qu’ils sont.
Et qu’est-ce qui doit primer pour un auteur selon vous,
divertir ou informer ?
R. : Ma nature de prof vous dira qu’il faut d’abord informer. Mon
côté enfant choisira de divertir. Idéalement, je pense qu’il faut d’abord
divertir parce que la lecture est et doit rester un plaisir avant tout. Il
me semble aussi important que les jeunes lecteurs puissent trouver dans les
livres des occasions d’apprendre, de réfléchir et de développer une attitude
d’ouverture.
J’aimerais connaître votre opinion personnelle. Dites-moi, est-ce qu’on
vient au monde écrivain ou est-ce quelque chose qu’on
développe ? Selon vous, étiez-vous un écrivain avant d’être
professeur ou l’inverse ?
Donc, d’où vous vient cette passion d’écrire ?
R. : J’ai commencé à écrire à 16 ans et je n’ai jamais vraiment
cessé depuis. Chaque nouvelle histoire qui prend forme dans mon esprit devient
un défi à un certain moment. Je travaille de façon très méthodique. Après la
recherche préliminaire et l’établissement d’un plan, je ressens un fort besoin
de me retirer pour écrire le premier jet. C’est un moment particulier pendant
lequel je vis littéralement dans le contexte avec mes personnages. C’est une
sorte d’extase, si je peux dire. Quand on a déjà connu cet état une fois, on
voudrait le revivre le plus souvent possible. Généralement, je m’isole pendant
plusieurs jours, jusqu’à ce que le texte soit terminé dans sa première version.
Je suppose qu’écrire à des avantages et comporte aussi des désavantages.
J’aimerais savoir en tant qu’auteur, quel a été votre plus beau moment dans
votre carrière ? Y-a-t-il des désagréments ?
Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans le travail
d’écrivain ?
R. : Ce que j’aime le plus, c’est de créer, développer, structurer
une histoire, la situer dans un contexte, chercher systématiquement des données
pour enraciner et enrichir mes personnages ; j’aime beaucoup les aspects
techniques de l’écriture, si je peux dire, le travail de moine comme on dit.
J’aime aussi chercher les mots justes et surtout les émotions appropriées.
Vous écrivez depuis plusieurs années, je crois. Maintenant que vous
possédez l’expérience et la reconnaissance des enfants, j’aimerais avoir le
fond de votre pensée sur ce sujet.
Quels sont, selon vous, les caractéristiques d’un bon
livre pour enfants ?
R. : Un bon livre, pour moi, c’est celui dont les enfants parleront,
pendant et après la période de lecture. C’est celui qui les touchera, qui les
fera réfléchir un peu, avancer, grandir. Un bon livre doit aller au-delà du
simple plaisir de lire.
Recevez-vous des lettres d’enfants, de vos
lecteurs ?
R. : Assez souvent, oui. Surtout quand je visite des classes. Je
laisse toujours mon adresse électronique et on m’envoie des courriels. Il
arrive aussi que toute une classe m’écrit une lettre quelques jours après ma
visite. Ça fait plaisir.
Selon vous Jean, qu’est-ce que le succès ? Est-ce
quelque chose de tangible pour un auteur ?
R. : Je ne me considère pas comme un auteur à succès, loin de là et
je ne vise pas la notoriété. Je considère avoir un succès quand je réussis à
écrire une bonne histoire que les jeunes aiment bien. Tant mieux si le livre se
vend bien, mais ce n’est pas mon premier objectif.
Depuis quelques années, vous donnez des cours d’écriture. Est-ce
vraiment facile d’écrire ou est-ce un travail de tous les jours ?
Quelles qualités ou aptitudes personnelles faut-il
posséder pour réussir comme écrivain ?
R. : Il faut d’abord préciser que je n’enseigne pas comment écrire,
mais plutôt une sorte d’initiation au monde de l’écriture. Je crois qu’un bon
écrivain doit en premier lieu maîtriser la langue, qui est l’outil de base.
Ensuite, il doit avoir un peu d’imagination, une bonne dose de rigueur et aussi
d’humilité, et beaucoup de patience et de persévérance. Écrire est un travail
difficile et exigeant ; le plus gros des efforts consiste à améliorer
son premier jet. À mon avis, le travail véritable commence dès que la première
version du texte est écrite.
En conclusion, et sans dévoiler de secrets, pourriez-vous nous dire si
vous travaillez présentement à un autre manuscrit ? Et y a-t-il des sujets
précis sur lesquels vous aimeriez vous pencher ?
Qu'est-ce qui s’en vient de neuf pour vos
lecteurs ?
R. : Je compte m’isoler pendant une semaine ou deux au cours de
l’été pour enfin écrire une histoire qui sera, à mon avis, très touchante,
surprenante, et très documentée. J’y travaille depuis près de deux ans déjà.
Maintenant, je suis prêt à rédiger mon premier jet. J’y ai mis plus d’une
centaine d’heures seulement pour la recherche. Mon histoire pourra rejoindre
les enfants de tous les pays du monde. Mon héros, un garçon d’une dizaine
d’années, m’a été inspiré par un personnage réel dont j’ai entendu parler
abondamment, par hasard ou par chance, on ne sait pas.
Quand j’aurai terminé la rédaction de ce manuscrit, destiné aux jeunes,
j’ai l’intention de créer une autre histoire, un roman destiné au public adulte
cette fois, mais qui mettra en vedette le même jeune héros. La recherche sera
déjà réalisée ; quant au plan du roman, je dois dire qu’à ce jour, il est
déjà presque terminé.
Jean, j’aimerais vous remercier d’avoir si gentiment répondu à nos
questions. Je crois que les jeunes, et les moins jeunes, apprécieront vos
explications et aussi, votre grande humilité face à l’écriture.
Certaines de vos précisions, j’en suis convaincue, feront en sorte que
de futurs auteurs se lanceront dans la magnifique aventure de l’écriture !
Encore une fois, merci !