ENTRETIEN AVEC MARTINE RICHARD

 

Bonjour Martine et merci d’avoir bien voulu nous accorder cet entretien, à l’occasion de la sortie de votre dernier livre — publié chez les Éditions de la Paix —, Chapeau, Camomille ! Livre pour lequel vous avez remporté le Prix d’Excellence pour la catégorie 6 ans en 2004. Toutes nos félicitations !

Pouvez-nous nous parler un peu de votre livre ?

R. : En gros, c’est l’histoire de Camomille, une fée toute minuscule qui se promène dans son chapeau. Ce qu’il a de bien, ce chapeau haut-de-forme, c’est qu’il peut conduire Camomille à l’intérieur même des livres. Avec lui, elle plongera donc littéralement dans un bouquin, ira de page en page, au cœur d’une histoire où les choses ne tournent pas rond du tout. Elle réussira à empêcher un vilain pollueur de détruire le paysage.

Est-ce que le fait d’être en compétition avec d’autres auteurs et de participer à un concours littéraire a rendu l’expérience d’écriture plus intéressante pour vous ?

R. : Le stress de la compétition est pour moi stimulant. Cela me met en verve - dans la mesure, bien sûr, où il ne s’agit pas de dénigrer les autres de quelque façon que ce soit. Or, pour ce concours, on ne savait évidemment pas qui avait participé ni quels textes avaient été envoyés. C’était donc à la fois stimulant et sain.

Quelles étaient, selon vous, les qualités recherchées par le comité, lorsque vous avez soumis votre manuscrit Chapeau, Camomille !

Quelles qualités diriez-vous que votre livre possède et qui font qu’il sera apprécié des enfants ?

R. : C’est difficile de se laisser aller à vanter son texte, mais si on l’a présenté à un concours, c’est qu’on y croyait tout de même un peu. Alors, allons-y : je pense que ce qui plaira, dans Chapeau, Camomille !, c’est la part de merveilleux. Quand j’étais petite, Félix le chat – vous vous souvenez du dessin animé ? – avait un sac carrelé qui se transformait de mille et une façons. Je me souviens qu’une fois, le sac s’était transformé en avion. C’était toujours grâce à ce sac que Félix se sortait du pétrin.

Or, qu’un distingué haut-de-forme devienne un taxi qui projette étourdiment la fée n’importe où, cela fait place à bien des situations originales. C’est grâce à ce chapeau, qui dégage des odeurs nauséabondes quand il est furieux, que Camomille viendra à bout de Polluard. Et puis, comme je rigolais en l’écrivant, il y a des chances que mes lecteurs s’amusent à leur tour.

Mais surtout, que le livre devienne le portail à franchir pour accéder au monde fictif qu’il contient, que l’on puisse vivre avec les personnages et, à travers Camomille, intervenir dans l’histoire, je crois que c’est ce qui est le plus chouette !

Écrire un livre prend du temps, je pense que tout le monde le sait ou peut-être ai-je une idée préconçue, à vous de corriger mes affirmations. Mais une question me brûle les lèvres.

Votre œuvre était-elle commencée avant ou est-ce que l’écriture a commencé au moment de l’annonce du concours ?

R. : J’avais le personnage de Camomille dans mes tiroirs depuis quelques années, mais l’histoire demandait à être retravaillée. Je m’y suis mise. Je voulais réactiver ce chapeau qui produisait des odeurs.

Comment vous est venue l’inspiration de cette histoire ?

R. : Toute petite, j’ai été une fervente de Fanfreluche. Ce que j’ai voulu, avec Chapeau, Camomille ! , c’est me donner une fois encore le plaisir de me retrouver de plain-pied avec les personnages d’une fiction, revivre la grande émotion de traverser la frontière qui nous sépare de l’imaginaire. D’autre part, au moment de rédiger la première version de l’histoire, je venais de lire Le Parfum, de Patrick Süskind, roman fascinant, voire, ahurissant. J’avais envie de continuer à exploiter la gamme des odeurs. Enfin, la question écologique me préoccupe, et comme il n’y a rien comme une histoire pour ouvrir les esprits…

Avez-vous voulu lancer un appel écologique avec ce roman ?

R. : Plus humblement, j’ai voulu initier les enfants à cette question. Je sais que l’école le fait déjà très bien, mais la littérature étant une grande pédagogue, je me suis dit que cette histoire pourrait, entre autres, être une autre façon de sensibiliser les jeunes.

Parlez-nous de la recherche d’écriture nécessaire pour écrire un livre. On y fait mention de plusieurs fines herbes, de fleurs. Votre livre dépeint un tout écologique. Lorsque vous avez introduit Polluard comme personnage, à quoi pensiez-vous ?

En somme, avec Chapeau, Camomille ! – Quel était votre but ? Vouliez-vous venir au secours de la planète ou tout simplement divertir ou favoriser l’apprentissage chez les enfants ? Et qu’est-ce qui doit primer selon vous ?

R. : Voilà : le premier but d’un livre, pour moi, c’est de créer un univers où l’enfant fera l’expérience, à sa mesure, de la littérature. Je veux donc qu’il ait du plaisir à lire, mais aussi qu’il puisse s’identifier aux personnages et même, sentir qu’on lui présente quelque chose qu’il ne connaît pas et qui ne pouvait exister que dans le livre. Même si l’enfant ne verbalise pas tout cela, loin de là, il le vivra à plein…si j’ai bien fait mon boulot !

À travers cela, on peut passer bien des valeurs, dont celle de l’écologie, l’amitié, le courage, etc.

Martine, à ce jour vous avez publié quatre titres pour les six ans.

Pourquoi est-ce que ce créneau vous intéresse autant ?

R. : Je ne le sais pas vraiment. Y a –t-il un psychologue dans la salle ? Tout ce que je sais, c’est que chaque fois que je m’assois pour écrire pour les enfants, ce qui sort convient toujours au créneau 6-9ans. Je crois que je suis encore habitée de cette étape de ma vie !

Martine, vous êtes professeur et vous enseignez le français en 5e secondaire. Selon vous, l’apprentissage de la lecture chez les plus jeunes devrait commencer à quel âge ? Les parents doivent-ils accompagner leurs enfants dans leur lecture ?

On me pose souvent la question, est-ce que les enfants peuvent vraiment lire un roman s’adressant aux 6 ans ?

R. : D’après ce que j’ai vu dans les écoles et dans les Salons du livre, la plupart des enfants de 6 ans ont encore besoin du soutien de papa ou maman pour lire un roman. Les parents prennent une quinzaine de minutes par soir pour faire la lecture à leur progéniture, et c’est cela qui est fantastique. C’est beaucoup plus que d’aider l’enfant à défricher l’histoire. C’est créer un moment privilégié avec lui. Moment de bonne entente et de câlins. Et que pour l’enfant, le livre corresponde à un beau moment de vie, cela augure bien de son rapport à la lecture.

Les enfants développent-ils une capacité d’apprentissage plus importante avec la lecture ?

R. : Bien des études le prouvent : la lecture est la clé du succès scolaire et ce, dans toutes les matières. Je le vois quotidiennement dans mon métier d’enseignante en français de 5e secondaire. Les élèves qui lisent bien écrivent mieux…et comprennent mieux jusqu’aux problèmes de maths !

 

Je suis curieuse de savoir comment un écrivain vient au monde. Par exemple lorsque vous étiez adolescente, vous rendiez-vous souvent à la bibliothèque et est-ce que vous lisiez beaucoup ?

Donc, d’où vous vient cette passion d’écrire ?

R. : J’écris depuis l’âge de dix ans. Des poèmes, des histoires, j’ai conservé tous mes cahiers ! Adolescente, j’ai dévoré tout ce qui était considéré digne d’être lu. Je voulais savoir ce qui se cachait derrière les noms d’auteurs célèbres que j’entendais… Romans québécois ou autres, du terroir, de la ville, j’aimais tout ! C’était le bon temps ! Parallèlement, j’écrivais aussi beaucoup, en essayant de faire comme les auteurs que je lisais, sans toutefois les copier… Je cherchais ma voix...

À cette époque, j’ai gagné quatre prix (poésie, narration) aux Écritures du Haut-Richelieu.

Je suppose qu’écrire a des avantages et comporte aussi des désavantages. J’aimerais savoir en tant qu’auteure, quel a été votre plus beau moment dans votre carrière ? Y-a-t-il des désagréments ?

Qu'est-ce qui vous plaît le plus dans le travail d’écrivain ?

R. : Le plus beau moment, dans la vie d’un auteur, est sans doute la première fois où un éditeur vous appelle et déclare qu’il est prêt à vous éditer. Pour moi, ce fut le samedi matin où monsieur Tessier, des Éditions de la Paix, m’a téléphoné. Ah ! Le beau souvenir !

Dans l’ensemble, cependant, ce qui me plaît le plus du travail d’écrivain, ce sont les instants où je tiens un bon filon et où je me laisse aller jusqu’au point où les mots devancent mes pensées… Ces moments où l’on se laisse emporter par les personnages, les situations, les phrases qui en appellent d’autres. Ce sont de belles dérives !

Ce qui est désagréable : quand un éditeur refuse votre manuscrit et qu’à son commentaire, vous voyez qu’il ne l’a pas lu !

Vous écrivez depuis plusieurs années. Maintenant que vous possédez l’expérience, j’aimerais avoir le fond de votre pensée sur ce sujet.

Quelles sont, selon vous, les caractéristiques d’un bon livre pour enfants ?

R. : Je crois que le bon livre pour enfant fera plus que le divertir : il développera la sensibilité du jeune lecteur et ce, à travers le plaisir. Sa sensibilité à la langue – les beaux mots, les expressions rigolotes. Sa sensibilité aux personnages, qui vivent toutes sortes de situations. Tout cela peut se faire sur le mode joyeux, émouvant, ludique, dramatique ou loufoque. Dès l’enfance, la littérature, parce qu’elle nous fait connaître les personnages de l’intérieur, incite à la tolérance.

Quelles qualités ou aptitudes personnelles faut-il posséder pour réussir comme écrivain ?

R. : Il faut d’abord savoir écrire. Avoir beaucoup lu. Être persévérant.

Si l’on écrit pour enfants : avoir conservé en soi une bonne part d’enfance. S’en rappeler la joie. Ne jamais la perdre de vue. Être capable de produire un texte rythmé, dynamique, vivant. Bien ficelé. Savoir aller au cœur des choses, sans s’appesantir. On peut parler d’amitié aux enfants. D’honnêteté. De fidélité. De tristesse. De tendresse. Des étoiles. Le bon écrivain pour enfants est un grand vulgarisateur de la vie. Et il aime encore jouer.

Si l’on s’adresse aux adultes : savoir qu’on n’écrit pas pour apporter des réponses au monde, mais pour montrer des tranches de vie. C’est déjà beaucoup. Avoir assez d’humilité pour écouter en soi ce qu’il y a d’humain, et pas seulement ce qui est beau. Puiser dans tout ce qu’on a ramassé d’observations à travers les années, et le sortir au bon moment. Celui qui a toutes ces capacités réussira. Quant à savoir s’il sera publié…

Martine, pour conclure, pourriez-vous nous dire si vous travaillez présentement à un autre manuscrit ? Et, y a-t-il des sujets précis sur lesquels vous aimeriez vous pencher dans un avenir rapproché ?

Qu'est-ce qui s’en vient de neuf pour vos lecteurs ?

R. : J’ai sur la planche un manuscrit qui s’adressera, cette fois, je crois bien, aux 9-12 ans. Mais tout cela est encore à l’état de gestation. Le thème de l’adoption m’intéresse, ou l’immigration. Enfin, l’intégration à la société d’un enfant différent des autres… Par ailleurs, j’ai quelques textes pour le public général, un roman, des chansons…